Categories

Improvised Explosive DevicesImprovised Explosive Devices researchAOAV: all our reports

Une Décennie de Grandes Pertes Civiles Due à des Engins Explosifs Improvisés (EEI)

Action on Armed Violence tient à remercier le gouvernement français pour son aide et son soutien dans la réalisation de ce rapport.

AOAV invite les lecteurs à télécharger le rapport ici.

INTRODUCTION

Le 3 mars 2013, en fin de semaine, alors que les gens profitaient de l’air printanier d’une fin d’après-midi pakistanaise, un kamikaze s’est fait exploser à l’extérieur d’une mosquée bondée de monde, prenant avec lui la vie d’un nombre incalculable de personnes.

L’attentat, perpétré par un fanatique du groupe terroriste Lashkar-e-Jhangvi, contre un lieu de culte chiite à Karachi, a tué 48 civils et en a blessé 149 autres. La voiture piégée visait les croyants lors de la prière du soir dans la mosquée de la province pakistanaise de Sindh. Des femmes et des enfants figuraient parmi les morts et les mourants.

La météo, à 32 degrés Celsius, était parfaite pour une balade printanière.

Un attentat en mars ; une mosquée prise pour cible ; une soirée ensoleillée remplie de civils ; un week-end interrompu par de la violence ; un attentat-suicide surgi de nulle part. Tous ces éléments font de l’attentat de mars 2013 un attentat non seulement terrible, mais aussi terriblement prévisible. En effet, tous ces facteurs – la météo, l’heure, le lieu, la date, la cible, et l’auteur – sont des facteurs caractéristiques des 100 attentats les plus meurtriers commis à l’aide d’engins explosifs improvisés (EEI) autour du monde.

Telles sont les principales conclusions de ce rapport, dans lequel nous avons cherché à montrer, au cours de la dernière décennie, comment les engins explosifs improvisés continuent à représenter une menace mortelle importante pour les populations civiles du monde entier.

Bien que les vies des victimes de l’attentat de Karachi – et celles de leurs familles – soient uniques, cet attentat n’est qu’un des nombreux attentats qui ont été perpétrés dans le monde au cours des dix dernières années. En effet, entre 2013 et 2022, Action on Armed Violence (AOAV) a recensé quelque 11 099 attentats à l’EEI dans le monde, tels qu’ils ont été signalés dans les médias anglophones. Ces attaques ont eu lieu dans quelque 93 pays et ont causé la mort ou la blessure de 114 478 civils (33 029 tués, 81 449 blessés). Ces pertes représentent environ la moitié (47 %) des 245 841 victimes civiles d’armes explosives (qu’il s’agisse d’armes manufacturées ou d’engins explosifs improvisés) recensées par l’AOAV dans le monde sur une période de dix ans.

Pour illustrer les niveaux disproportionnés de dégâts causés par les EEI, bien qu’ils aient presque tué et blessé la moitié de toute la population civile déclarée blessée par des armes explosives, les EEI eux-mêmes ne représentaient que 36 % de toutes les 30 433 attaques à armes explosives impliquant des victimes civiles signalées entre 2013 et 2022. En comparaison, les armes explosives lancées par voie aérienne ont causé 25 % (62 235) des victimes civiles au cours de cette période, et les armes lancées par voie terrestre 23 % (56 447).

Afin de mieux comprendre les tendances associées aux attaques les plus meurtrières, l’AOAV a mené une étude complète examinant les 100 événements les plus meurtriers pour les civils causés par des EEI dans le monde entier entre 2013 et 2022. L’objectif de cette étude est d’aider la communauté internationale à mieux comprendre les thèmes, les schémas et les motivations à la base de ces évènements.  

Pays touchés par les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

L’AOAV a pris en compte plusieurs facteurs clés au cours de son analyse de ces 100 événements ayant causé des pertes civiles, notamment la localisation géographique des attentats (pays ; région ; et type de localisation, urbain, rural, zone de conflit, zone pacifique), afin d’identifier des schémas de distribution géographique ; l’identité des auteurs, afin de mieux comprendre les motivations politiques ou idéologiques qui sous-tendent ces événements ; les cibles des attaques ; le moment choisi des attaques, afin de mettre en évidence d’éventuelles similitudes, par exemple si les attaques sont plus fréquentes à certaines heures ou certains jours ; les spécificités des événements, telles que le type d’engin explosif improvisé (EEI) utilisé, la méthode d’acheminement (par ex.), le nombre de victimes et la gravité des dommages causés ; le climat sociopolitique pendant l’attaque, en vue de comprendre le contexte dans lequel les attaques se sont produites ; et les contre-mesures en place à l’époque. En tenant compte de ces différents éléments, le rapport vise à identifier des modèles et des tendances dans ces événements et à mieux comprendre les motivations qui les sous-tendent.

Dans l’ensemble, les conclusions de l’AOAV suggèrent que les attentats à engins explosifs improvisés (EEI) faisant de nombreuses victimes sont principalement des attentats-suicides, visant des lieux de culte dans le contexte de la violence sectaire islamiste. Ces attaques sont plus susceptibles d’avoir lieu entre le vendredi et le dimanche, et plus de civils sont blessés lorsque la température se situe entre 26 et 40 degrés Celsius. Pour une liste complète des 100 attaques, voir l’annexe A.

Au vu de ces conclusions, l’attentat de mars à Karachi n’est pas seulement profondément troublant par son impact direct, mais peut être considéré comme un exemple de la manière dont laquelle tant de personnes ont souffert – dans le monde entier – de terribles dégâts causés par des engins explosifs improvisés (EEI) depuis 2013.

PRINCIPAUX RÉSULTATS

Les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers :

  • 24 024 victimes civiles (6 935 tuées, 17 089 blessées) dans 20 pays.
  • Au moins 469 enfants figurent parmi les victimes.

Attentats-suicides :

  • 79 attentats sur 100 étaient des attentats-suicides.
  • Les attentats-suicides représentent 79% du total des dommages causés aux civils.
  • Au moins 370 enfants ont été tués ou blessés dans ces attentats-suicides.
  • Plus de la moitié des attentats ont eu lieu un week-end.

Pays

L’Afghanistan :

  • Le pays le plus touché, avec 22 attentats majeurs liés à des engins explosifs improvisés.
  • 5 068 victimes (1 296 tuées, 3 772 blessés)

Irak :

  • 15 attentats majeurs.
  • 3 046 victimes (1 039 tuées, 2 007 blessés).

Pakistan :

  • 13 attentats majeurs.
  • 3 180 victimes (920 tuées, 2 260 blessées).

Syrie :

  • 13 attentats majeurs.
  • 2 702 victimes (904 tuées, 1 799 blessées).

Enfants victimes

  • Un minimum de 469 enfants a été touché par l’ensemble des attaques.
  • Au moins 370 enfants victimes d’attentats-suicides.

CONTEXTE

Contexte des conflits

Les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés au cours des dix dernières années ont été répertoriés dans trois principaux contextes de conflit, conformément à la base de données Rule of Law in Armed Conflits (RULAC)[1] de l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains de Genève :

  • les attaques dans le contexte d’un conflit armé non international (CANI) en cours ;
  • les attaques terroristes sporadiques dans un contexte général d’insécurité économique ou politique et de présence de groupes armés ; et
  • les attaques en temps de paix tandis le pays ciblé était impliqué dans un conflit à l’étranger.

L’annexe B présente une analyse détaillée de la situation conflictuelle et des caractéristiques de la violence explosive dans les pays les plus touchés, dans chaque contexte.

Contexte des conflits des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013-2022

Conflits armés non internationaux (CANI)

Soixante-treize de ces attentats ont été signalés dans des contextes où un CANI se déroulait dans le pays étudié, tuant et blessant 17 310 civils à travers neuf pays. Treize autres attaques ont eu lieu en Syrie, où le gouvernement est impliqué dans un CANI avec l’État islamique (EI) et des groupes d’opposition, ainsi que dans un conflit armé international (CAI) avec la Coalition mondiale contre Daech dirigée par les États-Unis (dorénavant, la Coalition mondiale) et avec la Turquie. Ces attaques ont entrainé la mort de 2 703 civils.

Pays touches par des attaques dans le cadre d’une CANI en cours, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Afghanistan225067
Pakistan133180
Irak153046
Syrie132703
Somalie51837
Turquie61537
Nigéria71435
Yémen2701
Égypte2362
Thaïlande1145

 L’instabilité

Dix des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers commis entre 2013 et 2022 ont été signalés dans six pays qui ont connu des insurrections et des attaques sporadiques au cours des dix dernières années, associées à la présence de groupes armés ; au débordement d’autres conflits armés ; à l’instabilité économique ; et à l’instabilité politique – tout en n’étant pas activement impliqués dans un CANI.

Ces attaques ont abouti à 12% (2 962) des victimes civiles provoquées par toutes les attaques utilisant des EEI.

Pays touchés par des attentats dans un cadre d’instabilité chronique, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Liban51449
Sri Lanka1753
Tchad1230
Koweït1227
Cameroun1162
Arabie Saoudite1141

La « Coalition mondiale »

Quatre des attaques ont eu lieu dans quatre pays où le territoire visé était en paix, mais où le pays lui-même était impliqué dans un CAI à l’étranger, plus précisément les États Unis,[2]  le Royaume-Uni,3  la France,4 and la Belgique.5 Chacun de ces pays est impliqué dans la Coalition mondiale et a mené des frappes aériennes en Syrie et en Irak. Ces quatre attaques ont causé 4 % (1 049) des victimes civiles des 100 attaques à l’EEI les plus meurtrières des dix dernières années.

Pays touchés par des attaques dans le cadre de la Coalition mondiale, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Belgique1372
États Unis1267
Royaume-Uni1222
France1188

Contexte sociopolitique

AOAV a pu identifier trois vastes contextes sociopolitiques dans lesquels les attaques étudiées ici ont eu lieu, bien que ces contextes se chevauchent dans une large mesure :

  • les insurrections islamistes;
  • les violences sectaires; et
  • la violence antigouvernementale

Les dix attentats associés à la guerre civile syrienne – tant en Syrie qu’au Liban (4 attentats), en Turquie (2) et au Pakistan (1) – sont également classés dans la catégorie des violences antigouvernementales.

Les insurrections islamistes ont une forte composante sectaire, mais pour cette analyse, l’AOAV a catégorisé les attaques visant des confessions spécifiques, telles que les attaques contre des mosquées ou lors de fêtes particulières, comme des attaques sectaires – même si elles se sont produites dans le contexte plus large de l’insurrection d’un groupe contre le gouvernement. Pour une répartition détaillée des acteurs armés les plus actifs dans chaque contexte, voir l’annexe C.

Contexte sociopolitique des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

Insurrections islamistes

Quarante-neuf des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés au cours de la dernière décennie sont associés à des insurrections islamistes et ont fait 11 791 victimes civiles dans 14 pays (49 % de tous les civils blessés lors de ces attentats). Trente et une de ces 49 attaques, soit 63 %, sont attribuées à Daech et à ses associés dans le monde, tuant et blessant 7 865 civils, soit 67 % de l’ensemble des 11 791 victimes civiles de ces attaques.

Sept sont attribuées aux Talibans (1 557 victimes civiles), quatre à Al-Shabaab (1 009), deux à Jamaat-ul-Ahrar (360), une à Al-Qaeda (219) et une à Boko Haram (216).

Pays touchés par des attentats dans le contexte d’une insurrection islamiste en cours, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Afghanistan122636
Irak102141
Syrie71528
Somalie41009
Turquie2882
Sri Lanka1753
Pakistan3698
Nigéria3551
Belgique1372
Égypte2362
Tchad1230
Royaume-Uni1222
Yémen1219
France1188

Les auteurs d’attentats dans le contexte d’une insurrection islamiste en cours, 2013–2022

Acteur arméAttentatsVictimes civiles
Daech317865
Talibans71557
Al-Shabaab41009
Acteur inconnu3565
Jamaat-ul-Ahrar2360
Al-Qaïda: Yémen1219
Boko Haram1216

Violence sectaire

Trente attentats ont été signalés dans un contexte de tensions sectaires, faisant 6 690 victimes civiles dans dix pays, soit 29 % de l’ensemble des victimes civiles des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie. Parmi ces attentats, 40 % (12) étaient spécifiquement liés à des tensions entre sunnites et chiites (2 637 victimes civiles), tandis que deux étaient explicitement associés à un sentiment anti-chrétien (661 victimes civiles) et deux à un sentiment anti-kurde (450 victimes civiles).

Quarante-trois pour cent (13) des attentats ont été attribués à Daech et à ses affiliés dans huit pays. Ces attaques ont fait 2 875 victimes civiles, soit 43 % des 6 690 civils victimes d’attaques sectaires. Trois de ces attentats auraient été perpétrés par le Lashkar-e-Jhangvi (717 victimes civiles), un par le Jamaat-ul-Ahrar (436), un par le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) (225) et un par Boko Haram (187).

Pays touchés par des attentats dans le cadre de la violence sectaire, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Pakistan82011
Afghanistan71393
Nigéria4884
Irak4739
Yémen1482
Syrie2386
Liban1282
Kowaït1227
Thaïlande1145
Arabie Saoudite1141

Les auteurs d’attentats dans le cadre de la violence sectaire, 2013–2022

Acteur arméAttentatsVictimes civiles
Daech132875
Acteur inconnu112250
Lashkar-e-Jhangvi3717
Jamaat-ul-Ahrar1436
TTP1225
Boko Haram1187

 Violence antigouvernementale

Vingt-et-un des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie ont eu lieu dans le cadre de violences antigouvernementales, faisant 5 543 victimes civiles dans neuf pays. Ces attaques ont causé 23% des 24 024 victimes civiles de ces attaques.

La majorité de ces attentats, 57 % (12), sont attribués à des acteurs inconnus. Toutefois, deux attentats ont été perpétrés par les Faucons de la liberté au Kurdistan (TAK) (326 victimes civiles) et la filiale d’Al-Qaïda au Liban (308), tandis qu’un attentat a été attribué à chacun des groupes suivant : au Lashkar-e-Jhangvi (328), à Aisha Umm al-Mumineen, également connu sous le nom de Brigades d’Aisha (312), à Hayat Tahrir al-Sham (HTS) (174), à la United Baloch Army (UBA) (143), et à un acteur individuel (267).

Pays touchés par des attentats dans le cadre de violences antigouvernementales, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Liban41167
Afghanistan31038
Somalie1828
Syrie4789
Turquie4655
Pakistan2471
États-Unis1267
Irak1166
Cameroun1162

Les auteurs d’attaques dans le cadre de violences antigouvernementales, 2013–2022

Acteur arméAttentatsVictimes civiles
Acteur inconnu123686
Lashkar-e-Jhangvi1328
TAK2325
Brigades d’Aisha1312
Al-Qaïda: Liban (Brigades Abdullah Azzam)2308
Acteur individuel1267
HTS1174
UBA1143

LES AUTEURS

L’AOAV a identifié 12 acteurs non étatiques connus parmi les auteurs des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers au cours de la dernière décennie. Dans l’ensemble, 72 % (17 256) des victimes civiles de ces attentats ont été attribuées à des acteurs connus, tandis qu’un attentat perpétré par un acteur “loup solitaire” a fait 267 victimes civiles (3 tués, 264 blessés) et que 26 attentats perpétrés par des acteurs inconnus ont fait 6 501 victimes civiles.

Quarante-quatre attentats ont été perpétrés par Daech et ses affiliés dans 14 pays, sept ont été attribués aux Talibans, quatre à Al-Shabaab et quatre au Lashkar-e-Jhangvi. Trois ont été perpétrés par Jamaat-ul-Ahrar et Al-Qaïda (deux au Liban et un au Yémen) respectivement, deux par Boko Haram et les TAK respectivement, et un par les Brigades d’Aïcha, le TTP, le HTS, l’UBA et un acteur isolé respectivement.

Daech et ses affiliés ont causé la majorité des victimes civiles des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie, tuant et blessant 10 740 civils, tandis que les attentats perpétrés par les Talibans ont fait 1 557 victimes civiles. Les attaques d’Al-Shabaab ont fait 1 009 victimes civiles et celles du Lashkar-e-Jhangvi 1 045.

Les auteurs des attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

Acteur arméAttentatsVictimes civiles
Daech4410740
Acteur inconnu266501
Talibans71557
Lashkar-e-Jhangvi41045
Al-Shabaab41009
Jamaat-ul-Ahrar3796
Boko Haram2403
TAK2325
Brigades d’Aisha1312
Al-Qaïda: Liban (Brigades Abdullah Azzam)2308
Acteur individuel1267
TTP1225
Al-Qaïda: Yémen1219
HTS1174
UBA1143

 L’État Islamique (Daech)

Sur les 100 attentats analysés dans ce rapport, 44 ont été attribués à Daech et à ses affiliés dans 14 pays. Ces attaques ont fait 10 740 victimes civiles.

Pays touchés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par Daech, 2013–2022

Daech et ses affiliés responsables des attentats à l’EEI les plus meurtriers commis par Daech, 2013–2022

Daech et affiliésAttentatsVictimes civiles
Daech214854
Daech : Afghanistan91830
Daech : Sri Lanka1753
Daech : Pakistan3747
Daech : Yémen1482
Daech : Belgique1372
Daech : Égypte2362
Daech : Liban1282
Daech : Turquie1280
Daech : Koweït1227
Daech : Royaume-Uni1222
Daech : France1188
Daech : Arabie Saoudite1141

L’attentat de Daech ayant causé le plus grand nombre de blessés et de pertes civiles a eu lieu le 21 avril 2019, lorsque 253 civils ont été tués et 500 autres blessés dans des attentats-suicides perpétrés dans plusieurs régions du Sri Lanka dans la matinée. Ces attaques ciblaient apparemment des civils.

L’attentat qui a fait le plus de morts a eu lieu le 3 juillet 2016, lorsque 324 civils ont été tués et 200 blessés dans un attentat-suicide à la voiture piégée dans une zone commerciale du quartier de Karada à Bagdad. L’attentat, qui a eu lieu dans la matinée, visait aussi manifestement des civils.

La majorité des 44 attentats ont été perpétrés en 2015 et 2016, avec 25 % (11) en 2015 et 30 % (13) en 2016. Ces chiffres sont nettement plus élevés que ceux des autres années et représentent 59 % (6 149) du nombre total de victimes civiles des 44 attaques attribuées à Daech.

Répartition annuelle des attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par Daech, 2013–2022

AnnéeAttentatsVictimes civiles
20132305
20142349
2015113015
2016133134
20173629
20184972
20192998
20201        165
20214772
20222401

Vingt-trois pour cent (10) des attaques ont eu lieu respectivement un vendredi et un dimanche, contre 14% (6) un samedi et un jeudi, 11% (5) un lundi et un mardi, et 7% (3) un mercredi. Bien que l’heure de 21 des attaques n’ait pas été communiquée, 18% (8) auraient eu lieu le soir et le matin, 14% (6) l’après-midi et une la nuit. Les attaques qui ont eu lieu le matin représentent 8 % de la totalité des 44 attaques de Daech, mais 28 % de leurs victimes civiles.

Jours de la semaine touchés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par Daech, 2013–2022

Jour de la semaineAttentatsVictimes civiles
Dimanche102757
Vendredi102423
Samedi61693
Jeudi61341
Mardi4955
Lundi5897
Mercredi3674

Heures des attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par Daech, 2013–2022

Heure de déroulementAttentatsVictimes civiles
Non indiqué214462
Matin (0500–1200)83045
Soir (1800–2300)81949
Après-midi (1200–1800)61146
Nuit (2300–0500)1138

Cinquante-cinq pour cent (24) des attaques de Daech viseraient des civils, tuant et blessant 62 % (6 608) des 10 740 civils touchés par Daech, tandis que 5 % (2) viseraient des acteurs armés de l’État. L’une d’entre elles a été signalée comme visant des acteurs étatiques non armés, et l’autre comme visant des groupes armés. La cible des 16 autres attaques n’a pas été indiquée.

Cibles visées par les attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par Daech, 2013–2022

Cible viséeAttentatsVictimes civiles
Civiles246608
Non indiqué163219
État (armé)2356
État (non armé)1338
Groupes armés1219

La plupart des attentats de Daech – 25 % (11) – ont eu lieu en Irak, et 20 % (9) en Syrie et en Afghanistan. Ces trois pays représentent 57 % (6 082) des 10 740 victimes civiles de l’État Islamique.

Pays touchés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par Daech, 2013–2022

PaysAttentats                      Victimes civiles
Irak112338
Syrie91914
Afghanistan91830
Turquie2882
Sri Lanka1753
Pakistan3747
Yémen1482
Belgique1372
Égypte2362
Liban1282
Koweït1227
Royaume-Uni1222
France1188
Arabie Saoudite1141

Vingt-cinq pour cent (11) des attaques attribuées à Daech ont eu lieu dans des lieux de culte, où 21 % (2 280) des 10 740 civils ont été tués ou blessés. Toutes les attaques de Daech dans des lieux de culte ont été décrites comme des attentats-suicides. Seize pour cent (7) des attaques de Daech ont eu lieu dans des zones urbaines, tuant et blessant 17 % (1 888) des civils, et 14 % (6) des attaques ont eu lieu dans des marchés, tuant et blessant 1 118 civils. Alors que seulement 11 % (5) des attaques ont eu lieu lors de rassemblements publics, ceux-ci ont causé 16 % (1 727) des victimes civiles.

Lieux ciblés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par Daech, 2013–2022

EmplacementAttentatsVictimes civiles
Lieu de culte112280
Zones urbaines71888
Rassemblement public51727
Infrastructures liées au transport51329
Marché61118
Locaux commerciaux2806
Bâtiment public3500
Lieu de divertissement2410
Sur la route1240
Transports en commun1224

Dans l’ensemble, 39 des attaques attribuées à Daech ont été signalées comme des attentats-suicides, soit 89 %, et elles ont fait 91 % (9 821) des victimes civiles attribuées à Daech. La majorité des attentats-suicides, soit 28% (11), ont été perpétrés dans des lieux de culte.

Lieux visés par les attentatssuicides à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par Daech, 2013–2022

EmplacementAttentatsVictimes civiles
Lieu de culte112280
Rassemblement public51727
Zones urbaines61721
Infrastructures liées au transport41183
Marché5976
Locaux commerciaux2806
Bâtiment public3500
Lieu de divertissement2410
Non indiqué1218
Résidentiel urbain1138

 Les talibans

Sept de ces attentats, qui ont tué et blessé 1 557 civils, sont attribués aux talibans. Tous ont eu lieu en Afghanistan.

L’attentat taliban qui a fait le plus de blessés et de morts a eu lieu le 27 janvier 2018, lorsque 103 civils ont été tués et 235 blessés dans un attentat-suicide à la bombe commis en utilisant une ambulance dans le centre de Kaboul. L’attentat visait apparemment des agents armés de l’État. L’heure de l’attentat n’a pas été précisée.

Les attentats perpétrés par les talibans parmi les 100 plus meurtriers au cours des dix dernières années s’échelonnent entre 2014 et 2019, bien qu’aucun n’ait eu lieu en 2015. Vingt-neuf pour cent (2) des attaques ont eu lieu un mardi, une attaque ayant eu lieu tous les autres jours de la semaine. Bien que l’heure de quatre des attaques n’ait pas été signalée, les 43 % restants (3) auraient eu lieu le matin, tuant et blessant 702 civils.

Répartition annuelle des attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par les talibans, 2013–2022

AnnéeAttentatsVictimes civiles
20141132
20162552
20171190
20181338
20192345

Jours de la semaine touchés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés par les talibans, 2013–2022

Jour de la semaineAttentatsVictimes civiles
Mardi2601
Samedi1338
Dimanche1186
Mercredi1159
Lundi1141
Jeudi1132

Soixante et onze pour cent (5) des attaques auraient visé des acteurs étatiques armés, faisant 1 212 victimes civiles, et la cible n’a pas été indiquée pour les deux attaques restantes, au cours desquelles 345 civils ont été tués et blessés.

Quarante-trois pour cent (3) des attaques ont eu lieu dans les centres-villes, tuant et blessant 738 civils, tandis que trois attaques contre des postes de police ont tué et blessé 481 civils. Un attentat contre un bâtiment public a fait 338 victimes civiles.

Quatre-vingt-six pour cent (6) des sept attaques étaient des attentats-suicides, au cours desquels 1 425 civils ont été tués et blessés (92 % des victimes civiles étant attribuées aux talibans). Trois attentats-suicides perpétrés par des talibans ont eu lieu dans des centres-villes (738 victimes civiles), deux dans des commissariats de police (349 victimes civiles) et un dans un bâtiment public (103 civils tués, 235 blessés).

Al-Shabaab

Quatre des attaques sont attribuées à Al-Shabaab, toutes survenues en Somalie. Elles ont fait 1 009 victimes civiles.

L’attentat d’Al-Shabaab qui a fait le plus de morts et de blessés a eu lieu le 29 octobre 2022, lorsque 121 civils ont été tués et 333 blessés dans l’explosion de deux voitures piégées au ministère de l’éducation dans le quartier de Zobe à Mogadiscio. Il n’est pas certain que cet attentat, qui se serait produit dans l’après-midi, soit un attentat-suicide.

Une des attaques d’Al-Shabaab a eu lieu en 2018, une en 2019 et deux en 2022. La moitié des attentats ont eu lieu un samedi, un mercredi et un vendredi. Bien que l’heure de trois des attaques n’ait pas été signalée (555 victimes civiles), une des attaques aurait eu lieu dans l’après-midi, tuant et blessant 454 civils.

La cible de l’attaque n’a été indiquée pour aucun des quatre attentats d’Al-Shabaab.

Deux des attaques ont eu lieu dans des bâtiments publics, tuant et blessant 38% (384) des civils touchés par Al-Shabaab, tandis qu’une attaque qui a frappé plusieurs sites urbains a causé 45% (454) des 1 009 victimes civiles. Une attaque contre un hôtel a causé 17% (171) des victimes civiles.

Soixante-quinze pour cent (3) des quatre attaques étaient des attentats-suicides, au cours desquels 55 % (555) des victimes civiles d’Al-Shabaab ont été tuées ou blessées. Les deux attaques contre des bâtiments publics ont été déclarées comme des attentats-suicides, de même que l’attaque contre l’hôtel.

TYPE DE EEI

L’Observatoire de la violence explosive de l’AOAV recueille des données sur l’anatomie de l’utilisation d’armes explosives entraînant des victimes : des données sont recueillies sur le type d’arme explosive – dans le cas des EEI, il s’agit de bombes de bord de route, de voitures piégées ou, plus généralement, d’EEI non spécifiques – et sur la méthode de détonation (attaque suicide, détonation à distance ou activation par la victime).

L’attentat qui a fait le plus de morts civiles s’est produit le 14 octobre 2017, au cours duquel 512 civils ont été tués et 316 blessés lorsqu’un camion piégé a explosé dans un local commercial à Mogadiscio. Cet attentat, perpétré par des acteurs non étatiques inconnus, a été qualifié d’attentat-suicide. C’est également l’attentat qui a entrainé le plus grand nombre de victimes civiles (morts et blessés) dans l’ensemble. La cible et l’heure de l’attentat n’ont pas été communiqués.

L’attentat qui a fait le plus de blessés parmi les civils a eu lieu le 21 avril 2019, lorsque 253 civils ont été tués et 500 blessés lors d’un attentat-suicide matinal perpétré par des affiliés de Daech dans plusieurs zones urbaines du Sri Lanka. L’arme explosive utilisée a été identifiée comme étant constituée d’engins explosifs improvisés (EEI) non spécifiques. L’attaque visait manifestement des civils.

Dans plus de la moitié des attentats (52), le type d’EEI a été enregistré comme non spécifique. Ces attaques attribuées à des EEI non spécifiques ont tué et blessé 50 % (12 127) des 24 024 civils. 37 des attentats auraient été perpétrés à l’aide de voitures piégées, tuant et blessant 41% (9 954) des civils. Les 11 autres attaques ont été perpétrées à l’aide d’armes explosives multiples, causant 8 % (1 943) des victimes civiles. Aucun des attentats à l’engin explosif improvisé les plus meurtriers de la dernière décennie n’a été perpétré à l’aide de bombes placées en bord de route.

Engins explosifs improvisés (EEI) utilisés dans les 100 attentats les plus meurtriers à l’EEI, 2013–2022

Type de EEIAttentatsVictimes civiles
EEI non spécifique5212127
Voiture piégée379954
Armes explosives multiples111943

 Attentats-suicides

Soixante-dix-neuf des 100 attaques à l’EEI les plus meurtrières ont été signalées comme des attaques suicides, tuant et blessant 79% (18 955) de tous les civils blessés par les attaques.

Cinquante-quatre pour cent (43) des attentats signalés comme des attentats-suicides ont été perpétrés à l’aide d’EEI non spécifiques, tuant et blessant 54 % (10 233) des 18 955 civils. Trente-quatre pour cent (27) ont été perpétrés à l’aide d’une voiture piégée, faisant 37 % (7 078) des victimes civiles des attentats-suicides, et 11 % (9) à l’aide de combinaisons d’engins explosifs improvisés (9 % ou 1 644 des victimes civiles des attentats-suicides). Lorsque des attentats-suicides sont signalés avec des engins explosifs improvisés non spécifiques, il s’agit généralement de l’utilisation de vestes suicides. Aucun des attentats figurant parmi les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie n’a été signalé comme impliquant une détonation à distance ou des engins activés par la victime.

Dans 43 % (34) des attentats-suicides, la cible visée n’a pas été indiquée (7 706 victimes civiles), mais 41 % (32) des attentats signalés comme des attentats-suicides visaient des civils (8 401 victimes civiles). Les acteurs armés de l’État ont été les deuxièmes cibles les plus touchées, avec 9 % (7) des attentats (1 602 victimes civiles), suivis par les acteurs non armés de l’État, qui ont été visés dans 5 % (4) des cas (888 victimes civiles).

Cible des attentats-suicides les plus meurtriers, 2013–2022

Cible viséeAttentatsVictimes civiles
Civils328401
Non communiqué347706
État (armé)71602
État (non armé)4888
Groupes armés1219
Acteur international (non armé)1139

La majorité – 20 % (16) – des attaques signalées comme des attentats-suicides ont eu lieu dans des lieux de culte (3 415 victimes civiles), suivies par 15 % (12) dans des zones urbaines (2 738 victimes civiles), et 14 % (11) dans des bâtiments publics (2 238 victimes civiles).

Emplacements des attentats-suicides les plus meurtriers, 2013–2022

EmplacementAttentatsVictimes civiles
Lieu de culte163415
Multiple (urbain)102436
Rassemblement public82290
Bâtiment public112238
Locaux commerciaux31634
Marché81568
Infrastructure liée au transport51345
Lieu de divertissement41009
Centre-ville3738
Route2723
Commissariat de police2349
École2329
Résidentiel urbain2302
Pas d’information1218
Hôpital1190
Hôtel1171

Sur les 79 attentats-suicides figurant parmi les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie, 18% (14) ont eu lieu respectivement un vendredi, un samedi et un dimanche, contre 14% (11) un mardi, 11% (9) un lundi et un mercredi, et 10% (8) un jeudi. Cela signifie que 53% des 79 attentats-suicides ont eu lieu le week-end.

Pour 41 des 79 attaques suicides, l’heure de l’attaque n’a pas été indiquée, mais 19 % (15) d’entre elles ont eu lieu le matin et 16 % (13) le soir, contre 11 % (9) l’après-midi et une la nuit.

Jours de la semaine pendant lesquels les attentatssuicides les plus meurtriers ont été perpétrés, 2013–2022

Jour de la semaineAttentatsVictimes civiles
Samedi143968
Dimanche143767
Vendredi143371
Mardi112414
Mercredi92027
Jeudi81850
Lundi91558

Moment choisi des attentats-suicides les plus meurtriers, 2013–2022

Moment de la journéeAttentatsVictimes civiles
Non communiqué419390
Matin (0500–1200)154949
Soir (1800–2300)132890
Après-midi (1200–1800)91588
Nuit (2300–0500)1138

L’Afghanistan, l’Irak et la Syrie sont les pays les plus touchés : 24 % (19) des attentats-suicides ont eu lieu en Afghanistan (4 342 victimes civiles), 15 % (12) en Irak (2 574) et 14 % (11) en Syrie (2 317).

Pays touché par les attentats-suicides les plus meurtriers, 2013–2022

Pays                  AttentatsVictimes civiles
Afghanistan194342
Irak122574
Syrie112317
Pakistan92189
Somalia41383
Nigéria61219
Turquie41207
Sri Lanka1753
Yémen2701
Liban3590
Belgique1372
Tchad1230
Koweït1227
Royaume-Uni1222
France1188
Cameroun1162
Arabie Saoudite1141
Égypte1138

 CIBLE VISÉE

Les 100 attentats analysés dans ce rapport ont été signalés comme visant des civils (41 attentats), des acteurs étatiques armés (9), des acteurs étatiques non armés (4), des groupes armés (2) et des acteurs internationaux non armés (1). Dans les 43 attentats restants, la cible n’a pas été indiquée. Les attaques visant les civils ont causé 43% (10 387) des 24 024 civils blessés dans ces attaques.

Cibles visées par les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

Cible viséeAttentatsVictimes civiles
Civiles4110387
Non communiqué4310082
État (armé)91997
État (non armé)4888
Groupes armés2531
Acteur international (non armé)1139

Les attaques visant des civils sont concentrées sur les week-ends, avec 23% (9) des attaques se produisant le samedi, et 20% (8) le dimanche et le vendredi respectivement, contre 15% (6) le lundi, 12% (5) le jeudi, 10% (4) le mardi, et une le mercredi. Dans l’ensemble, les attaques menées pendant le week-end ont causé 66% (6 845) des 10 387 civils blessés lors de ces attaques.

Bien que l’heure de 44% (18) des attaques visant des civils n’ait pas été indiquée, 27% (11) des attaques ont eu lieu dans la soirée, faisant 2 635 victimes civiles, et 17% (7) des attaques – qui auraient eu lieu le matin – ont fait 2 834 victimes civiles. Les attaques visant des civils qui ont eu lieu le matin ont causé 27% des 10 387 civils blessés dans ces attaques, et ont connu un taux de dommages beaucoup plus élevé que les attaques qui ont eu lieu le soir (404,9 civils blessés par attentat, par rapport à 239,5). Quatre attaques ont eu lieu dans l’après-midi, faisant 723 blessés parmi les civils, et une dans la nuit, tuant 54 civils et en blessant 90.

Jours de la semaine touchés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers visant des civils, 2013–2022

Jour de la semaineAttentatsVictimes civiles
Dimanche82626
Samedi92233
Vendredi81986
Lundi61243
Jeudi51122
Mardi41034
Mercredi1143

Moment où les attentats à l’explosif les plus meurtriers ont été perpétrés contre des civils, 2013–2022

Heure de l’attaqueAttentatsVictimes civiles
Non communiqué184051
Matin (0500-1200)72834
Soir (1800-2300)112635
Après-midi (1200-1800)4723
Nuit (2300-0500)1144

Des attentats à l’EEI visant des civils ont été signalés dans 14 pays, dont la majorité, 20 % (8), ont eu lieu au Pakistan et en Afghanistan, chacun représentant 18 % des victimes civiles de ces attentats.

Pays touchés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers visant des civils, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Pakistan81890
Afghanistan81829
Irak61360
Syrie61089
Turquie31026
Sri Lanka1753
Yémen1482
Nigéria2403
Belgique1372
Liban1282
États-Unis1267
Égypte1224
Royaume-Uni1222
France1188

Plus de la moitié des attaques visant des civils, soit 59 % (24), ont été attribuées à Daech et à ses affiliés, tuant et blessant 64 % (6 608) des civils blessés lors de ces attaques. Deux attaques auraient été perpétrées par Boko Haram (403 victimes civiles), Jamaat-ul-Ahrar (626) et Lashkar-e-Jhangvi (520) respectivement, tandis qu’une attaque a été attribuée au HTS, au TTP (225) et à l’UBA (143) respectivement.

Les auteurs des attentats à l’EEI les plus meurtriers visant des civils, 2013–2022

Acteur arméAttentatsVictimes civiles
Daech246608
Acteurs inconnus71421
Jamaat-ul-Ahrar2626
Lashkar-e-Jhangvi2520
Boko Haram2403
Individuel1267
TTP1225
HTS1174
UBA1143

Trente-deux des 41 attaques visant des civils – soit 78 % – ont été signalées comme des attentats-suicides, ayant fait 81 % (8 401) des 10 387 victimes civiles.

Les auteurs des attentatssuicides à l’EEI les plus meurtriers visant des civils, 2013–2022

Acteur armé AttentatsVictimes civiles
Daech 226242
Acteurs inconnus 5947
Jamaat-ul-Ahrar 2626
TTP 1225
Boko Haram 1187
HTS 1174

 PAYS

Les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie ont été perpétrés dans 20 pays, dont 22 en Afghanistan, 15 en Irak, et 13 au Pakistan et en Syrie respectivement. Le Nigéria est le cinquième pays le plus touché en termes de nombre d’attentats, avec sept des attentats signalés dans ce pays.

Pays touchés par les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

Pays touchés par les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Afghanistan225067
Pakistan133180
Irak153046
Syrie132703
Somalie51837
Turquie61537
Liban51449
Nigéria71435
Sri Lanka1753
Yémen2701
Belgique1372
Égypte2362
États-Unis1267
Tchad1230
Koweït1227
Royaume-Uni1222
France1188
Cameroun1162
Thaïlande1145
Arabie Saoudite1141

En Afghanistan, les 22 attentats ont fait 5 067 victimes civiles (1 295 morts, 3 772 blessés) dans six provinces. Kaboul a été la plus touchée, à la fois en termes de victimes civiles et de nombre d’attentats qui s’y sont déroulés : la province représente 73 % (3 706) des victimes civiles en Afghanistan, et 64 % (14) des 22 attentats.

Provinces afghanes touchées par les attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

RégionAttentatsVictimes civiles
Kaboul143706
Nangarhar3557
Ghazni2318
Paktiya1190
Kondoz1150
Kandahar1146

L’attaque la plus meurtrière en Afghanistan a eu lieu le 31 mai 2017, lorsque 150 civils ont été tués et 392 blessés dans un attentat-suicide à la voiture piégée dans le quartier diplomatique de Kaboul, à l’heure de pointe du matin.

Au Pakistan, les 13 attentats ont fait 3 180 victimes civiles (920 tués, 2 260 blessés) dans cinq provinces. Le Baloutchistan a été la province la plus touchée, à la fois en termes de pertes civiles et de nombre d’attentats : 38 % (1 200) des victimes civiles ont été signalées dans cette province, et 38 % (5) des attentats.

Provinces pakistanaises touchées par les attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

RégionAttentatsVictimes civiles
Baloutchistan51200
Khyber Pakhtunkhwa41034
Pendjab2606
Sind1197
Islamabad1143

L’attentat le plus meurtrier au Pakistan s’est produit le 27 mars 2016, lorsque 74 civils ont été tués et 362 blessés lors d’un attentat-suicide perpétré par le Jamaat-ul-Ahrar, visant des chrétiens dans un parc à Lahore, au Pendjab. Vingt-quatre enfants figuraient parmi les victimes.

En Irak, les 15 attentats ont fait 3 046 victimes civiles (1 039 morts, 2 007 blessés) dans six gouvernorats. Bagdad est le gouvernorat le plus touché, tant par le nombre de victimes civiles que par le nombre d’attentats : 55 % (1 688) des victimes civiles en Irak ont été tuées ou blessées lors des huit attentats signalés dans cette ville, soit 53 % des 15 attentats survenus dans le pays.

Gouvernorats irakiens touchés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

RégionAttentatsVictimes civiles
Bagdad81688
Diyâlâ2425
Kirkouk2385
Bâbil1197
Salâh ad-Dîn1184
Dhi Qar1167

L’attentat le plus meurtrier en Irak s’est produit le 3 juillet 2016, lorsque 324 civils ont été tués et 200 blessés dans l’explosion d’une voiture piégée de Daech dans une zone commerciale du quartier de Karrada, à Bagdad. Il s’agit également de l’attentat le plus meurtrier parmi ceux signalés en Irak.

LIEUX

Les attentats à l’EEI analysés dans cette étude ont eu lieu dans 15 types de lieux identifiés par l’AOAV, notamment des locaux commerciaux, des lieux de divertissement, des hôpitaux, des hôtels, des marchés, des zones résidentielles, des lieux de culte, des commissariats de police, des bâtiments publics, des rassemblements publics, des transports en commun, des routes, des écoles, des centres-villes et des infrastructures liées aux transports.

Les lieux les plus touchés, tant par le nombre d’attaques que par l’ampleur des dommages subis par les civils, sont les lieux de culte. Dix-huit des 100 attentats les plus meurtriers ont eu lieu dans des lieux de culte, qui représentent 17 % (4 107) de toutes les victimes civiles (1 144 tués, 3 213 blessés).

Les zones urbaines, y compris les zones résidentielles urbaines et les attaques qui ont eu lieu dans plusieurs zones urbaines, représentent 17 des 100 attentats les plus meurtriers. Au cours de ces attaques, 1 268 civils ont été tués et 2 829 blessés, soit 17 % (4 097) du nombre total de victimes civiles. Dix attaques sur les 100 analysées ici ont eu lieu lors de rassemblements publics, tuant et blessant 11 % (2 701) des civils (693 tués, 2 008 blessés).

Lieux visés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

LieuxAttentatsVictimes civiles
Lieu de culte184107
Zones urbaines174097
Rassemblement public102701
Marché122466
Bâtiment public112238
Infrastructures liées au transport71707
Locaux commerciaux31634
Lieux de divertissement51244
Route3963
Centre-ville4924
École3659
Commissariat de police3481
Transport en commun1224
Pas d’information1218
Hôpital1190
Hôtel1171

 MOMENT CHOISI

Globalement, au cours de la dernière décennie, les mois les plus touchés en termes du nombre d’attaques à grande pertes humaines perpétrées à l’aide de EEI ont été les mois de mars (11 attentats), mai (11), août (10), septembre (10) et novembre (11), bien que les marges de différence soient relativement petites. Cependant, les mois de mars et d’octobre sont les pires en termes de pertes civiles, représentant respectivement 12 % (2 830) et 11 % (2 759) des dommages civils. Dix des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie ont eu lieu pendant le mois du Ramadan de l’année en question, ce qui représente 13 % (3 024) des victimes civiles des attentats analysés dans le cadre de la présente étude.

Répartition annuelle des attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013-2022 : attentats et victimes civiles

Répartition mensuelle des attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013-2022 : attentats et victimes civiles

Il convient de noter que la majorité des attentats à l’explosif ayant fait de nombreuses victimes au cours de la dernière décennie – 14 – ont été signalés au cours de mois où la température moyenne était de 32 degrés Celsius, suivis de sept attaques lorsque la température moyenne du mois était de 27 degrés Celsius, et de six attaques lorsqu’elle était de 31 degrés Celsius. Les températures mensuelles moyennes enregistrées pour les mois au cours desquels des attentats à l’explosif ont été perpétrés vont d’un degré Celsius à 44 : la majorité des attentats – 61 – ont eu lieu lorsque la température mensuelle moyenne était supérieure à 22 degrés Celsius. Pour une répartition plus détaillée, voir l’annexe D.

Trente-deux des 100 attaques ont eu lieu lorsque la température mensuelle moyenne se situait entre 31 et 40 degrés Celsius, causant 32 % (7 749) des 24 024 civils blessés lors de ces attaques. Il s’agit de la plus forte concentration d’attaques et de dommages aux civils, et ce de loin, par rapport aux autres tranches de température. Dans l’ensemble, la concentration d’attaques et de victimes civiles a augmenté au fur et à mesure que les températures augmentaient, jusqu’à ce qu’elles chutent brusquement au-dessus de 41 degrés Celsius. Cela peut être lié à la probabilité de rassemblements de civils dans des lieux publics lorsque les températures se réchauffent, et ce avant que la chaleur ne devienne insupportable et que les gens soient plus enclins à rester à l’intérieur.

Températures mensuelles lors des attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013-2022 : attentats et victimes civiles

Plus de la moitié des 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers perpétrés au cours de la dernière décennie – 54 – ont eu lieu un week-end (vendredi, samedi, dimanche), contre 46 sur les autres jours de la semaine. Dix-neuf ont eu lieu un samedi, 18 un vendredi et 17 un dimanche. En revanche, 13 ont eu lieu le lundi, 12 le jeudi, 11 le mardi et 10 le mercredi.

Les attentats effectués pendant le week-end ont fait 14 392 victimes civiles, soit 60 % des 24 024 civils touchés par l’ensemble des attentats.

Jours de la semaine les plus touchés par les attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

Jour de la semaineAttentatsVictimes civiles
Samedi195261
Vendredi184811
Dimanche174320
Jeudi122699
Mardi112414
Lundi132349
Mercredi102170

Pour la majorité – 46 – des attentats à l’EEI ayant fait de nombreuses victimes entre 2013 et 2022, l’heure de l’attentat n’a pas été signalée. Cependant, 21 auraient eu lieu le matin, 17 le soir, 13 l’après-midi et trois la nuit. Les attaques qui ont eu lieu le matin ont causé 25 % (5 994) des dommages aux civils parmi les 100 attaques à l’EEI les plus meurtrières au cours de la dernière décennie.

Moment des attentats les plus meurtriers perpétrés à l’aide d’engins explosifs improvisés (EEI), 2013–2022

Heure de l’attaqueAttentatsVictimes civiles
Non communiqué4610576
Matin (0500-1200)215994
Soir (1800-2300)173867
Après-midi (1200-1800)133042
Nuit (2300-0500)3545

 MESURES ANTITERRORISTES

L’AOAV a identifié quatre grandes catégories de mesures antiterroristes présentes dans les pays touchés par les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie :

  • le ciblage de l’opposition politique;
  • les opérations militaires ;
  • l’intervention militaire américaine; et
  • la lutte contre le financement du terrorisme.

Ces catégories sont basées sur l’axe principal de la législation d’un pays donné au cours de l’année observée. L’analyse présentée dans ce rapport est basée sur les rapports nationaux américains sur le terrorisme, disponibles ici (2016-2021), et ici (2000-2015).

Mesures antiterroristes dans les pays touchés par les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

Cibler l’opposition politique

La majorité des attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie (53) ont eu lieu dans sept pays où la législation antiterroriste a été fréquemment mobilisée contre l’opposition politique et la dissidence. Ces attentats ont causé 52 % (12 609) des dommages civils recensés dans cette étude.

Attentats dans des pays où la législation antiterroriste a été utilisée contre l’opposition politique, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Pakistan133180
Iraq153046
Syrie132703
Turquie61537
Liban31028
Sri Lanka1753
Égypte2362

 L’intervention militaire américaine

Vingt-sept attentats ont eu lieu dans des pays où la principale mesure antiterroriste était l’intervention militaire américaine, faisant 6 904 victimes civiles, soit 29 % des 24 024 civils touchés par les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie.

Attentats dans des pays où l’intervention américaine était la principale mesure antiterroriste, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Afghanistan225067
Somalie51837

 Opérations militaires

Neuf de ces attaques ont eu lieu dans des pays où les opérations militaires nationales et en partenariat constituent l’axe principal de l’approche antiterroriste du pays, tuant et blessant 1 827 civils, soit 8 % des 24 024 victimes civiles.

Attentats dans des pays où les opérations militaires ont été la principale mesure antiterroriste, 2013–2022

PaysAttentatsVictimes civiles
Nigéria71435
Tchad1230
Cameroun1162

 Lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme

Sept attentats ont eu lieu dans sept pays dont la législation antiterroriste met l’accent sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que sur la limitation de l’afflux de combattants étrangers. Ces attentats ont fait 1 562 victimes civiles, soit 7 % des 24 024 civils atteints par l’ensemble des attentats observés dans cette étude.

Attentats dans des pays où la législation relative à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme est privilégiée, 2013–2022

PaysAttentats       Victimes civiles
Belgique1372
États-Unis1267
Koweït1227
Royaume-Uni1222
France1188
Thaïlande1145
Arabie Saoudite1141

 Pas de législation complète

Quatre attentats ont été signalés dans deux pays ne disposant pas d’une législation antiterroriste complète au moment de l’attaque, tuant et blessant 1 122 civils (5 % de l’ensemble des 24 024 victimes civiles).

Attentats dans des pays ne disposant pas d’une législation antiterroriste complète, 2013–2022

Pays              AttentatsVictimes civiles
Yémen2701
Liban2421

CONCLUSION

L’analyse conduite par l’AOAV sur les 100 attaques les plus meurtrières perpétrées par des engins explosifs improvisés (EEI) au cours de la dernière décennie révèle un schéma de violence persistant qui a infligé des souffrances incommensurables à des civils du monde entier. L’ampleur des dégâts, avec plus de 114 000 civils tués ou blessés, souligne la nécessité urgente d’efforts internationaux concertés pour faire face à cette menace persistante et de longue date.

Cette étude examine plusieurs aspects cruciaux de ces attaques, en mettant en évidence les caractéristiques de leur répartition géographique, de leurs exécutants, de leurs cibles, de leur chronologie et des mesures antiterroristes mises en place dans les pays en question. L’Afghanistan, l’Irak, la Syrie et le Pakistan ont été les plus touchés par cette violence, l’Afghanistan en particulier ayant subi des dommages catastrophiques à la suite de ces attaques.

Dans l’ensemble, l’AOAV a constaté que les attentats utilisant des engins explosifs improvisés (EEI) et faisant de nombreuses victimes sont le plus souvent des attentats-suicides à la bombe perpétrés dans le contexte de la violence sectaire islamiste, qui visent des lieux de culte. Les attentats les plus meurtriers ont lieu principalement le week-end, entre le vendredi et le dimanche, lorsque la température se situe entre 26 et 40 degrés Celsius.

À une échelle plus précise, ce qui est frappant est la prépondérance des attentats à l’explosif faisant de nombreuses victimes dans le contexte des conflits armés non internationaux (CANI), qui se définissent par la présence de groupes armés actifs et organisés – les principaux utilisateurs des EEI. En particulier, les acteurs non étatiques impliqués dans une insurrection islamiste ou menant des attaques dans le contexte de conflits sectaires entre des confessions majoritairement musulmanes sont les plus susceptibles d’être impliqués dans des attentats à l’EEI faisant un grand nombre de victimes. Toutefois, il est important de noter que les pays où il n’y a pas de CANI ou d’insécurité associée à des groupes armés, mais qui sont actifs au sein de la Coalition mondiale, ont également été la cible d’attentats à l’EEI de grande ampleur au cours de la dernière décennie. En effet, Daech et ses affiliés sont parmi les auteurs les plus nocifs de ces attaques, causant la majorité des victimes civiles dans le contexte de l’insurrection islamiste du groupe.

En outre, les attentats aux engins explosifs improvisés (EEI) étudiés ici se caractérisent par le ciblage délibéré de civils, les attaques se produisant souvent pendant les week-ends et dans des zones urbaines, causant des souffrances calculées à des passants innocents. Le rapport souligne en particulier la prédominance des attentats-suicides parmi les attentats à l’EEI les plus meurtriers de la dernière décennie. Les attentats-suicides sont réputés pour être complexes à prévenir ou à intercepter, et les voitures piégées en particulier, avec leur charge explosive élevée, peuvent être particulièrement nocives.

En conclusion, il est essentiel de mieux comprendre le contexte sociopolitique et les motivations qui sous-tendent ces attentats pour élaborer des réponses plus ciblées et plus nuancées. Il est impératif que la communauté internationale reste vigilante face à cette menace et qu’elle travaille collectivement pour éviter de nouvelles pertes de vies innocentes.

Action on Armed Violence tient à remercier le gouvernement français pour son aide et son soutien dans la réalisation de ce rapport.

ANNEXES

ANNEXE A

Les 100 attentats à l’EEI les plus meurtriers, 2013–2022

 

ANNEXE B

Conflits

Conflit armé non international (CANI)

L’Afghanistan

L’Afghanistan est en proie à la violence depuis des décennies. Le pays a été l’un des plus touchés dans le rapport de l’AOAV sur la violence explosive de 2011 à 2020,6 figurant parmi les cinq pays les plus touchés chaque année, sauf en 2014, où il était sixième. En 2020, l’Afghanistan est le pays le plus touché, les niveaux de violence ayant baissé dans d’autres pays, mais restant élevés en Afghanistan.7

Depuis que l’Alliance du Nord – un groupe de rebelles anti-talibans soutenus par les forces de la coalition – a pris Kaboul et renversé les talibans, l’Afghanistan est devenu le pays le plus touché par la violence. Kaboul et renversé les talibans en novembre 2001, puis établi une nouvelle constitution en 2004, le gouvernement afghan et les forces de la coalition internationale ont été montés contre les talibans dans le cadre d’un CANI permanent,8qui a pris de l’ampleur avec la résurgence du groupe en 2014 et s’est achevée en 2021 lorsque les talibans ont repris Kaboul.9En 2015, des militants ont proclamé la création d’une branche de l’État islamique (EI) dans la province de Khorassan, l’État islamique au Khorassan (EI-K), et se sont engagés dans un CANI avec le gouvernement afghan ainsi que dans un CANI parallèle avec les talibans. Depuis 2021, les Talibans, le gouvernement de facto de l’Afghanistan, sont engagés dans un CANI avec l’EI-K et avec le Front national de résistance (FNR) fidèle à l’ancien gouvernement.

Dans l’ensemble, de 2013 à 2022, l’AOAV a enregistré 3 717 attentats liés à l’utilisation d’armes explosives en Afghanistan, et 27 649 victimes civiles. Cela en fait le troisième pays le plus touché au cours de la dernière décennie, à la fois en termes d’attentats et de dommages civils, derrière la Syrie (8 343 attentats, 71 359 victimes civiles) et l’Irak (4 155 attentats, 45 396 victimes civiles). Au cours de cette période, les EEI sont à l’origine de 53 % (2 005) des attentats enregistrés et de 79 % (21 727) des victimes civiles dues à l’utilisation d’armes explosives en Afghanistan.

Alors que le plus grand nombre d’attaques a été enregistré en 2020 (473), la majorité des victimes civiles d’attaques à l’EEI ont été enregistrées en 2019, lorsque 3 596 civils ont été tués et blessés dans des attaques à l’EEI à travers le pays. Si la majorité, 74 % (1 477), des attentats à l’EEI perpétrés au cours de la dernière décennie ont été commis par des acteurs non étatiques inconnus, 21 % (423) ont été attribués aux talibans, qui ont fait 5 855 victimes civiles, et 5 % (97) à l’affilié de l’État islamique (Daech) actif en Afghanistan et au Pakistan, l’EI-K, qui a tué et blessé 3 984 civils. Quatre attentats ont été attribués au Front national de résistance, qui n’a fait aucune victime civile, et deux au Hizb-i-Islami, qui a tué et blessé 57 civils.

Le Pakistan

Bien que la violence au Pakistan ait diminué depuis 2013, ce pays reste l’un des plus touchés en termes de pertes civiles dues à l’utilisation d’armes explosives au cours de la dernière décennie. Les autorités pakistanaises mènent des opérations militaires contre le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) depuis 2002, ainsi que contre divers groupes armés cherchant à obtenir l’indépendance dans la province du Baloutchistan.10 En 2004, le Pakistan a lancé une offensive contre les combattants présumés affiliés à Al-Qaïda dans les zones tribales le long de la frontière afghane, suivie d’autres offensives les années suivantes, et en 2014, une opération antiterroriste a été lancée contre divers groupes armés non étatiques. En outre, le statut du Cachemire – un point de discorde qui remonte à la partition de l’Inde et du Pakistan en 1947 – continue de susciter des tensions entre l’Inde et le Pakistan, qui se traduisent par des affrontements, des bombardements transfrontaliers et des tensions liées à la présence de militants.11

Dans l’ensemble, l’AOAV a enregistré 1 960 attentats liés à l’utilisation d’armes explosives au Pakistan au cours de la dernière décennie, tuant et blessant 15 321 civils. Le Pakistan est le cinquième pays le plus touché en termes de victimes civiles de la violence explosive, derrière la Syrie (71 359 victimes civiles), l’Irak (45 396), l’Afghanistan (27 649) et le Yémen (17 125). C’est également le cinquième pays le plus touché en termes de nombre d’attentats enregistrés, derrière la Syrie (8 343 attentats), l’Irak (4 155), l’Afghanistan (3 717) et l’Ukraine (2 899) – bien que le conflit en Ukraine, suite à l’invasion russe du 24 février 2022, ait provoqué une recrudescence des attentats dans le pays. Entre 2013 et 2022, les EEI représentent 50 % (987) des attentats enregistrés au Pakistan et 73 % (11 162) des victimes civiles dues à l’utilisation d’armes explosives.

84 % (830) des attentats à l’EEI perpétrés au Pakistan au cours de la dernière décennie l’ont été par des acteurs non étatiques inconnus, tandis que 9 % ont été attribués au TTP (1 482 victimes civiles). Quatorze ont été attribués au Front de Libération du Baloutchistan (BLA), tuant et blessant 88 civils. Treize auraient été perpétrés par l’EI-K (929 victimes civiles), 11 par le Jamaat-ul-Ahrar (992 victimes civiles) et neuf par le Lashkar-e-Jhangvi (1 192 victimes civiles). Parmi les autres acteurs non étatiques actifs au Pakistan au cours de la dernière décennie figurent Ahrar-Ul-Hind (une attaque, 52 victimes civiles), Ansarul Mujahideen (six attaques, deux victimes civiles), les Baloch Liberation Tigers (trois attaques, 52 victimes civiles), Baloch Raji Ajoi Sangal (une attaque, aucune victime civile), Baloch Raji Ajoi Sangal (une attaque, aucune victime civile), Baloch Raji Ajoi Sangal (une attaque, aucune victime civile), Baloch Raji Ajoi Sangal (une attaque, aucune victime civile), Baloch Raji Ajoi Sangal (une attaque, aucune victime civile), aucune victime civile), le Baloch Liberation Front (un attentat, aucune victime civile), Hisb-ul-Ahrar (deux attentats, 24 victimes civiles), Jundullah (un attentat, 121 victimes civiles) et la United Baloch Army (trois attentats, 251 victimes civiles). Étant donné que les groupes se divisent et se reconstituent fréquemment au Pakistan, il est difficile de connaître le nombre de victimes de chaque groupe.

L’Irak

L’Irak a été le deuxième pays le plus touché en termes d’attentats et de victimes civiles dues à la violence explosive au cours de la dernière décennie, de 2013 à 2022. Depuis 2011, 2013 et 2014 ont été les années où les niveaux de violence explosive et de dommages aux civils ont été les plus élevés, avec 689 attaques qui ont tué et blessé 12 799 civils en 2013, et 610 attaques qui ont fait 10 735 victimes civiles en 2014.12 Ces années correspondent à l’apogée de la violence exercée par l’État islamique dans le pays.

L’Irak est impliqué dans un CANI contre Daech et ses groupes associés depuis 2014, et les États-Unis dirigent une coalition internationale contre des cibles de Daech en Irak depuis août 2014, à l’invitation de l’Irak.13 En outre, le CANI entre la Turquie et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) s’est propagé à l’Irak à partir de 2015,14 la Turquie ayant ciblé des cibles du PKK sur le sol irakien sans le consentement de ce dernier.15 Bien que cela signifie que l’Irak est également engagé dans un CANI avec la Turquie, celui-ci n’a pas intensifié la violence en attaquant des cibles turques.

Dans l’ensemble, l’AOAV a enregistré 4 155 attentats liés à l’utilisation d’armes explosives en Irak entre 2013 et 2022, faisant 45 396 victimes civiles. Cela fait de l’Irak le deuxième pays le plus touché au cours de la dernière décennie, à la fois en termes d’attaques et de dommages civils, derrière la Syrie (8 343 attentats, 71 359 victimes civiles). Au cours de cette période, les EEI ont représenté 67 % (2 769) des attentats enregistrés et 76 % (34 598) des victimes civiles dues à l’utilisation d’armes explosives en Irak.

Quatre-vingt-trois pour cent (2 298) des attentats à l’EEI perpétrés en Irak au cours de la dernière décennie ont été commis par des acteurs non étatiques inconnus, tandis que 17 % ont été attribués à l’État islamique (8 791 victimes civiles). Neuf auraient été perpétrés par le PKK, un par les Brigades de Mossoul et un par Ahrar Sinjar, mais aucun n’a causé de victimes civiles.

La Syrie

La Syrie est plongée dans un conflit très meurtrier depuis 2011, impliquant de nombreux acteurs étatiques – dont la Syrie, la Russie et la Turquie – ainsi que de nombreux acteurs non étatiques et groupes d’opposition, avec certains d’entre eux alignés avec des États ou soutenus par ces derniers. Au cours de la dernière décennie, la Turquie a été le pays le plus affecté en termes d’attaques et de victimes dues à la violence explosive, avec 71 359 civils tués et blessés dans le cadre de 8 343 attentats. Alors que les années 2017, 2018 et 2019 ont été celles où le nombre d’attaques a été le plus élevé (1 750, 1 224 et 1 479 respectivement), les années 2016 et 2017 ont été celles où le nombre de victimes civiles a été le plus important (13 312 et 13 062 civils tués et blessés respectivement). Ces années ont été caractérisées par les sièges d’Alep et de Deir-ez-Zor, ainsi que par la bataille de Raqqa – toutes des batailles qui ont fait de nombreuses victimes.16

Depuis 2011, le gouvernement syrien, soutenu par la Russie, le Groupe Wagner, le Hezbollah et les milices chiites, est engagé dans un CANI contre un large éventail de groupes d’opposition et de rebelles, y compris Daech et les Forces démocratiques syriennes soutenues par les États-Unis.17 Il existe également d’autres CANI parallèles entre des acteurs non étatiques à travers le pays. D’autres CANI ont débordé sur la Syrie, notamment la guerre de l’Irak contre l’État islamique et Al-Qaïda, soutenue par des bombardements américains, ainsi que le conflit de la Turquie avec l’État islamique et les milices kurdes.18  Israël a également visé des cibles du Hezbollah et de l’Iran sur le sol syrien, sans le consentement du gouvernement syrien. Les États-Unis et la Coalition mondiale, la Turquie et Israël ont tous mené des opérations militaires en Syrie sans le consentement du gouvernement. En outre, la Turquie et Israël occupent tous deux une partie du territoire syrien – Israël sur le plateau du Golan (depuis 1967) et la Turquie dans le nord (depuis 2016).19

Au cours de la dernière décennie en Syrie, les engins explosifs improvisés (EEI) ont représenté 20 % (1 630) des attaques à l’arme explosive recensées, et 18 % (12 491) des victimes civiles de ces violences.

Soixante et onze pour cent (1 151) des attentats à l’EEI perpétrés en Syrie entre 2013 et 2022 ont été commis par des acteurs non étatiques inconnus, tandis que 26 % (424) ont été attribués à Daech, qui est responsable pour sa part de 4 230 victimes civiles. La prolifération rapide et changeante des groupes rebelles et des alliances a rendu difficile le suivi des acteurs non étatiques dans le pays et l’attribution des pertes à des acteurs spécifiques.

Instabilité

Le Liban

Au cours de la dernière décennie, le Liban a été le 22e pays le plus touché par des actes de violence explosive, et le 13e pays le plus touché en termes de victimes civiles, avec 120 attentats causant 2 175 victimes civiles entre 2013 et 2022. La violence explosive dans ce pays est en baisse depuis 2013, avec des niveaux nettement inférieurs enregistrés au cours des dernières années. 2013 a été l’année où les niveaux de dommages causés par la violence explosive ont été les plus élevés, lorsque Beyrouth et Tripoli ont connu un grand nombre d’attentats à l’EEI liés au Hezbollah et au conflit syrien, ainsi que d’autres débordements de violence en provenance de la Syrie.20

Depuis 1967, Israël occupe la région des fermes de Chebaa au Liban, à la frontière libano-syrienne avec le plateau du Golan.21 Le territoire a été officiellement annexé en 1981. En outre, le Hezbollah, un groupe armé basé au Liban, a aidé le gouvernement syrien tout au long de la guerre, mais le Liban lui-même ne fait pas partie du conflit.22  Néanmoins, la violence en Syrie a régulièrement et fréquemment atteint le Liban : des combattants de l’État islamique et de Jabhat Fatah al-Sham ont été présents le long de la frontière et ont attaqué des positions libanaises, ce qui a conduit à de graves affrontements en 2014, tandis que les forces armées libanaises mènent régulièrement des opérations militaires contre les groupes armés syriens le long de la frontière. Tout cela exacerbe les difficultés et les tensions existantes dues aux causes et aux conséquences de la guerre civile libanaise (1975-1990), notamment en ce qui concerne l’organisation économique et sociale, les tensions palestiniennes et israéliennes, et les inquiétudes religieuses.23

Au cours de la dernière décennie, les EEI ont été à l’origine de 36 % (43) des attentats de violence explosive enregistrés au Liban et de 87 % (1 894) des victimes civiles qui en ont été la conséquence dans le pays. Soixante-sept pour cent (29) de ces attentats à l’EEI ont été perpétrés par des acteurs non étatiques inconnus. L’État islamique au Liban a tué et blessé 315 civils sur trois attentats, tandis que les Brigades d’Aïcha, un groupe qui lutte principalement contre le Hezbollah et les “colonies iraniennes” au Liban, ont fait 312 victimes civiles en un seul attentat.24  Les Brigades Abdullah Azzam, affiliées à Al-Qaïda au Liban, ont tué et blessé 308 civils à la suite de deux attaques, et le Front Al-Nusra, un groupe de rebelles syriens, a fait 141 victimes civiles à la suite de quatre attaques.

Le Sri Lanka

Au cours de la dernière décennie, le Sri Lanka a été touché par la propagation de l’idéologie de l’État islamique, notamment lors des attentats à la bombe du dimanche de Pâques 2019 dans tout le pays,25 ainsi que par les tensions non résolues provenant de la guerre civile au sein du pays qui a duré plusieurs dizaines d’années, de 1983 à 2009.26 Les cicatrices du conflit se font sentir dans le nombre élevé de personnes disparues et déplacées, ainsi que dans l’absence de responsabilité publique, avec la communauté tamoule demeurant largement privée de ses droits.27

De 2013 à 2022, le Sri Lanka a été le 50e pays le plus touché en termes d’attentats commis à l’aide d’armes explosives, mais le 20e pays le plus touché en termes de victimes civiles. Au cours de cette période, l’AOAV a enregistré dix attentats de violence explosive dans le pays, qui ont fait 784 victimes civiles. La majorité de ces victimes ont été atteintes en 2019, lorsque les attaques suicides du 21 avril revendiquées par Daech ont entraîné la mort de 253 civils et en ont blessé 500 autres.

Au cours de cette période, l’attaque de Daech a été le seul attentat à l’EEI enregistré dans le pays, en plus d’une explosion de mine et de huit attaques lancées depuis le sol. Cependant, cet attentat à l’EEI a causé 96 % (753) des victimes civiles liées à l’utilisation d’armes explosives recensées au Sri Lanka au cours de la dernière décennie. L’État islamique est le seul auteur connu et nommé d’actes de violence explosive au Sri Lanka entre 2013 et 2022.

Le Tchad

Au cours de la dernière décennie, le Tchad a été le 48e pays le plus touché par des actes de violence explosive, avec 12 attentats enregistrés, et le 26e pays le plus touché par des pertes civiles – 475 civils ont été tués et blessés au Tchad entre 2013 et 2022. Le Tchad a été entraîné dans les activités élargies des groupes extrémistes de la région subsaharienne, y compris Boko Haram,28 et a longtemps été en proie à la violence politique, à la pauvreté et aux conditions de vie difficiles, ainsi qu’aux tensions ethniques.29

Les 12 épisodes de violence explosive enregistrés au Tchad au cours de la dernière décennie étaient tous des attentats à l’EEI – six ont été attribués à Boko Haram (299 victimes civiles), et six à des acteurs inconnus (176 victimes civiles).

La Coalition internationale

États-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Belgique font partie de la coalition internationale contre l’État islamique, connue sous le nom de Coalition mondiale contre Daech et dirigée par les États-Unis, menant des frappes aériennes en Irak (avec l’autorisation du gouvernement irakien) et en Syrie (sans l’autorisation du gouvernement syrien). Le Royaume-Uni assure également la formation des forces kurdes Peshmerga et fournit des conseils militaires aux forces de sécurité irakiennes, et la France a déployé des troupes en 2013 pour aider la mission de l’Union africaine en République centrafricaine et fournir un soutien militaire au gouvernement malien. Les États-Unis ont déployé des troupes en Irak, forment et équipent des groupes armés en Syrie et ont mené des frappes aériennes contre Daech en Libye, contre Al-Qaïda au Yémen et en soutien à l’AMISOM et à la Somalie contre Al-Shabaab.

Au cours de la dernière décennie, l’AOAV a enregistré 54 actes de violence explosive aux États-Unis, tuant et blessant 361 civils. 2018 a été l’année avec le plus grand nombre d’attentats enregistrés – 13 – mais 2013 a vu 272 civils tués et blessés au cours de quatre attentats, les niveaux les plus élevés de dommages civils causés par des armes explosives aux États-Unis au cours de la dernière décennie. Toutes ces attaques ont été causées par des engins explosifs improvisés (EEI) : 33 par des acteurs inconnus (73 victimes civiles), 18 par des acteurs “loups solitaires” (284 victimes civiles), un par l’État islamique (quatre victimes civiles), et un par les États-Unis et un groupe suprématiste blanc respectivement, qui n’a pas fait de victimes civiles.

En France, neuf épisodes de violence explosive ont été enregistrés entre 2013 et 2022, tuant et blessant 206 civils. Six attentats ont eu lieu en 2015, tuant et blessant 191 civils, un en 2017 (une victime civile), et deux en 2019 (14 victimes civiles). Huit de ces attaques ont été causées par des engins explosifs improvisés (EEI) et une par une grenade. Sept des attaques à l’EEI ont été attribuées à l’État islamique, et une à des acteurs inconnus.

Huit cas de violence explosive ont été enregistrés au Royaume-Uni au cours de la dernière décennie, faisant 296 victimes civiles. 2017 a été l’année où les armes explosives ont causé le plus de dommages, avec deux attentats qui ont fait 291 victimes civiles. Tous ces attentats étaient des attaques à l’EEI, six par des acteurs inconnus, un par l’État islamique et un par la Loyalist Volunteer Force.

En Belgique, deux attentats, tous deux survenus en 2016, ont fait 261 victimes civiles. Il s’agissait dans les deux cas d’attentats à l’EEI perpétrés par l’État islamique.

ANNEXE C

Contexte

Insurrection islamiste

État Islamique (EI) (et affiliés)

Formé en 1999 dans le cadre de la franchise Al-Qaïda, l’État islamique (EI) – également connu sous le nom de Daech ou d’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) – est une organisation militante salafiste-djihadiste opérant principalement en Syrie et en Irak, où elle vise à établir un califat islamique, et dont les groupes affiliés opèrent à l’échelle mondiale dans le cadre de leur objectif de créer un mouvement salafiste-djihadiste international.30

Entre 2013 et 2022, l’AOAV a enregistré 1 389 attaques à l’arme explosive attribuées à l’EI et à ses affiliés, à travers 33 pays. Les pays les plus touchés par la violence de l’EI sont l’Irak (543 attentats), la Syrie (522), l’Afghanistan (106), l’Égypte (48) et le Yémen (36). 82 % (1 143) des attaques enregistrées par l’EI au cours de la dernière décennie étaient des attentats à l’EEI, qui ont fait 22 645 victimes civiles.

Les Talibans

Les Talibans sont un groupe fondamentaliste islamique à prédominance pachtoune créé en 1994,31 au lendemain de la guerre civile après le retrait de l’Union soviétique du territoire afghan.32 Ils ont pris le contrôle du pays de 1996 jusqu’à leur renversement par les États-Unis en 2001, après quoi ils se sont regroupés au Pakistan et ont commencé à reconquérir des territoires moins de dix ans plus tard. Ils se sont emparés de Kaboul en 2021, cherchant à établir un État afghan strictement régi par la charia.

Au cours de la dernière décennie, 593 attentats impliquant l’utilisation d’armes explosives ont été attribués aux talibans, tous en Afghanistan. Ils ont fait 7 099 victimes civiles. 72 % (426) des attentats attribués aux talibans entre 2013 et 2022 étaient des attentats à l’EEI, qui ont causé 82 % (5 844) des pertes civiles causées par le groupe.

Al-Shabaab

Séparé de l’Union des tribunaux islamiques (UTI) en 2006, dont il était l’aile militaire, le groupe Al-Shabaab est la plus grande organisation armée qui lutte pour renverser le gouvernement somalien et la présence militaire internationale qui l’assiste.33 Son objectif est d’établir un nouvel État somalien, régi par une interprétation stricte de la charia.

Entre 2013 et 2022, l’AOAV a enregistré 373 attaques à l’arme explosive attribuées à Al-Shabaab, tuant et blessant 4 782 civils. 334 de ces attaques ont eu lieu en Somalie, tandis que 39 d’entre elles se sont produites de l’autre côté de la frontière, au Kenya. 83 % (313) des attaques attribuées à Al-Shabaab étaient des attentats à l’EEI, qui ont provoqué 93 % (4 439) des victimes civiles de la violence explosive d’Al-Shabaab.

Violence sectaire

Lashkar-e-Jhangvi

Ce groupe militant sunnite pakistanais s’est séparé de l’organisation sunnite Sipah-e-Sahaba en 1996 et a depuis lors alimenté la violence sectaire dans le pays en ciblant les chiites, les politiciens de haut niveau et d’autres minorités ethniques, ainsi que les influences occidentales, dans le but d’établir un État sunnite au Pakistan.34  

Au cours de la dernière décennie, l’AOAV a enregistré neuf attentats à l’arme explosive attribués au Lashkar-e-Jhangvi, qui ont fait 1 192 victimes civiles. Les neuf attentats étaient tous des attentats à l’EEI.

Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP)

Basé dans le Waziristan du Sud,35 le TTP est étroitement lié à Al-Qaïda et aux talibans afghans. Ce groupe sunnite pro-pachtoune poursuit trois objectifs principaux : imposer la charia au Pakistan, soutenir le contrôle des talibans afghans à Kaboul après le retrait des forces américaines et mener un djihad défensif contre les forces de sécurité pakistanaises. Le groupe cherche également à renverser le gouvernement pakistanais et à établir un califat islamique au Pakistan.

De 2013 à 2022, l’AOAV a enregistré 93 attentats à l’arme explosive attribués au TTP, tuant et blessant 1 706 civils. Quatre-vingt-huit pour cent (82) des attaques perpétrées par le TTP étaient des attentats à l’EEI, qui ont fait 1 482 victimes civiles.

Boko Haram

Boko Haram a été créé en 2002, en tant que secte islamiste sunnite s’opposant à l’éducation occidentale, dans le but d’établir un État islamique au Nigéria.36

Entre 2013 et 2022, l’AOAV a enregistré 126 attentats à l’arme explosive attribués à Boko Haram, qui ont fait 2 961 victimes civiles. La majorité – 80% (101) – des attaques de Boko Haram ont eu lieu au Nigéria, cependant 14 ont été enregistrées au Cameroun, six au Tchad et cinq au Niger. Quatre-vingt-six pour cent (108) des attaques de Boko Haram au cours de la dernière décennie ont été perpétrées à l’aide d’engins explosifs improvisés (EEI), causant 93 % (2 743) des victimes civiles de Boko Haram.

Violence anti-gouvernementale

Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK)

Considéré par certains analystes comme le mandataire semi-autonome du Parti des travailleurs du Kurdistan, dont il s’est séparé publiquement en 2004, le TAK a mené des attaques en Turquie à une époque où la pression militaire sur les militants kurdes était de plus en plus forte.37

Au cours de la dernière décennie, l’AOAV a enregistré six attentats à l’arme explosive attribués au TAK, qui ont tué et blessé 458 civils. Cinq de ces six attaques étaient des attentats à l’EEI (456 victimes civiles).

Brigades d’Aïsha

Les Brigades d’Aïcha sont un groupe sunnite peu connu, qui aurait visé le Hezbollah lors de l’attentat, en représailles au soutien du Hezbollah envers le gouvernement syrien.38 Le Hezbollah joue également un rôle dans l’impasse dans laquelle se trouve le gouvernement libanais depuis une dizaine d’années. L’attentat présenté dans cette analyse est le seul attentat attribué à ce groupe enregistré par l’AOAV au cours de la dernière décennie.

Al-Qaïda au Liban (Brigades Abdullah Azzam)

Créées en 2009, les Brigades Abdullah Azzam sont un groupe djihadiste sunnite opérant sous les auspices d’Al-Qaïda.39 Elles se présentent comme les protecteurs des musulmans sunnites, s’opposant à la domination chiite du Liban et condamnant notamment le soutien apporté au gouvernement syrien dans la guerre civile syrienne. Al-Qaïda est l’une des organisations militantes djihadistes les plus anciennes, dont l’objectif est de libérer le monde musulman de l’influence extérieure et d’établir des gouvernements islamiques fondés sur la charia.40

L’AOAV a enregistré 34 attaques à l’arme explosive par des affiliés d’Al-Qaïda au cours de la dernière décennie, la plupart d’entre elles – 30 – au Yémen, perpétrées par la franchise d’Al-Qaïda dans ce pays, Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA). AQPA a tué et blessé 150 civils au Yémen entre 2013 et 2022. Deux des attentats ont eu lieu au Liban, perpétrés par les Brigades Abdullah Azzam (308 victimes civiles), et deux par la filiale d’Al-Qaïda au Mali (33 victimes civiles). Quatre-vingt-onze pour cent (31) des attentats attribués à Al-Qaïda et à ses affiliés étaient des attentats à l’EEI, qui ont fait 99 % (488) des victimes civiles du groupe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ANNEXE D

Température mensuelle moyenne lors des 100 attentats les plus meurtriers perpétrés à l’aide de EEI, 2013–2022

Température mensuelle moyenne (Celsius)         AttentatsVictimes civiles
32           143700
2041612
2771597
3161499
2651201
1451169
2931122
4431003
183852
94826
344751
133708
194663
233632
112607
213596
332502
362501
302490
242481
123465
223454
402387
11338
162285
151270
351225
411218
251197
371184
421167
81163
281159

 


[1] Académie de droit international humanitaire et de droits humains, Projet sur l’État de droit dans les conflits armés (RULAC). En ligne : https://www.rulac.org/browse/map. Consulté le 15 septembre 2023.

[2] Académie de droit international humanitaire et de droits humains, RULAC : United States of America. En ligne : https://www.rulac.org/browse/countries/united-states-of-america#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

3 Id. RULAC : UK En ligne:

https://www.rulac.org/browse/countries/united-kingdom#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

4 Id. RULAC : France. En ligne: https://www.rulac.org/browse/countries/france#collapse1accord.

Consulté le 15 septembre 2023.

5 Id. RULAC : Belgium. En ligne : https://www.rulac.org/browse/countries/belgium#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

6 Dathan, J. et al. (2021). A Decade of Explosive Violence Harm, AOAV, p15.

7 Ibid.

8 Académie de droit international humanitaire et de droits humains, RULAC : Afghanistan. En ligne :

https://www.rulac.org/browse/countries/afghanistan. Consulté le 15 septembre 2023.

9 BBC News (2021). How the Taliban stormed across Afghanistan in 10 days. En ligne : https://www.bbc.com/news/world-58232525. Consulté le 15 septembre 2023.

10 Académie de droit international humanitaire et de droits humains, RULAC : Non-international armed conflict in Pakistan. En ligne : https://www.rulac.org/browse/conflicts/non-international-armed-conflicts-in-pakistan#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

11 Id. RULAC : Pakistan. En ligne : https://www.rulac.org/browse/countries/pakistan#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

12 Dathan, J. et al (2021). A Decade of Explosive Violence Harm, AOAV, p14.

13 Académie de droit international humanitaire et de droits humains, RULAC : Iraq. En ligne : https://www.rulac.org/browse/countries/iraq#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

14 Id. RULAC: Non-international armed conflicts in Iraq. En ligne : https://www.rulac.org/browse/conflicts/non-international-armed-conflicts-in-iraq#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

15 Id. RULAC : International armed conflict in Iraq. En ligne : https://www.rulac.org/browse/conflicts/international-armed-conflict-in-iraq#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

16 Dathan, J. et al (2021). A Decade of Explosive Violence Harm, AOAV, pp12-13.

17 Académie de droit international humanitaire et de droits humains, RULAC : Non-international armed conflicts in Syria. En ligne : https://www.rulac.org/browse/conflicts/non-international-armed-conflicts-in-syria#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

18 Id. RULAC: International armed conflicts in Syria. En ligne : https://www.rulac.org/browse/conflicts/international-armed-conflict-in-syria#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

19 Idem.

20 Dathan, J. et al (2021). A Decade of Explosive Violence Harm, AOAV, p23.

21 Académie de droit international humanitaire et de droits humains, RULAC: Military occupation of Lebanon by Israel. En ligne : https://www.rulac.org/browse/conflicts/military-occupation-of-lebanon-by-israel#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

22 Id. RULAC: Lebanon. En ligne : https://www.rulac.org/browse/countries/lebanon#collapse1accord. Consulté le 15 septembre 2023.

23 Barnett, R., Ochsenwald, W., Khalaf, S. (2023) Lebanon, Encyclopaedia Britannica. En ligne : https://www.britannica.com/place/Lebanon. Consulté le 15 septembre 2023.

24 Amnesty International (2013). Lebanon: No excuse for targeting civilians. En ligne : https://www.amnesty.org/en/latest/press-release/2013/08/lebanon-no-excuse-targeting-civilians/. Consulté le 15 septembre 2023.

25 Dathan, J. et al (2021). A Decade of Explosive Violence Harm, AOAV, p23.

26 Ganguly, M. (2023). Still No Justice on Sri Lanka War Anniversary, Human Rights Watch. En ligne : https://www.hrw.org/news/2023/05/16/still-no-justice-sri-lanka-war-anniversary. Consulté le 25 septembre 2023.

27 Anandakugan, N. (2020). The Sri Lankan Civil War and Its History, Revisited in 2020, Harvard International Review. En ligne : https://hir.harvard.edu/sri-lankan-civil-war/. Consulté le 15 septembre 2023.

28 Dathan, J. et al (2021). A Decade of Explosive Violence Harm, AOAV, p28.

29 The Gender Security Project (2021). CRSV: Chadian Civil Wars. En ligne : https://www.gendersecurityproject.com/post/crsv-chadian-civil-wars. Consulté le 15 septembre 2023.

30 Stanford University (2021). Mapping Militant Organisations. “The Islamic State.” En ligne : https://cisac.fsi.stanford.edu/mappingmilitants/profiles/islamic-state. Consulté le 15 septembre 2023.

31 Maizland, L. (2023). The Taliban in Afghanistan, Council on Foreign Relations. En ligne : https://www.cfr.org/backgrounder/taliban-afghanistan. Consulté le 15 septembre 2023.

32 Stanford University (2018). Mapping Militant Organisations. “Afghan Taliban.” En ligne : https://cisac.fsi.stanford.edu/mappingmilitants/profiles/afghan-taliban#text_block_16833. Consulté le 15 septembre 2023.

33 Stanford University (2019). Mapping Militant Organisations. “Al Shabaab.” En ligne : https://cisac.fsi.stanford.edu/mappingmilitants/profiles/al-shabaab#text_block_18781. Consulté le 15 septembre 2023.

34 Stanford University (2018). Mapping Militant Organisations. “Lashkar-e-Jhangvi.” En ligne : https://cisac.fsi.stanford.edu/mappingmilitants/profiles/lashkar-e-jhangvi-lej. Consulté le 15 septembre 2023.

35 Stanford University (2022). Mapping Militant Organisations. “Tehrik-i-Taliban Pakistan.” En ligne : https://cisac.fsi.stanford.edu/mappingmilitants/profiles/tehrik-i-taliban-pakistan. Consulté le 15 septembre 2023.

36 Stanford University (2018). Mapping Militant Organisations. “Boko Haram.” En ligne : https://cisac.fsi.stanford.edu/mappingmilitants/profiles/boko-haram. Consulté le 15 septembre 2023.

37 Gurcan, M. (2016). The Kurdistan Freedom Falcons: A Profile of the Arm’s-Length Proxy of the Kurdistan Workers’ Party, CTC Sentinel 9.7. En ligne : https://ctc.westpoint.edu/the-kurdistan-freedom-falcons-a-profile-of-the-arms-length-proxy-of-the-kurdistan-workers-party/. Consulté le 15 septembre 2023.

38 Amnesty International (2013). Lebanon: No excuse for targeting civilians. Online:

https://www.amnesty.org/en/latest/press-release/2013/08/lebanon-no-excuse-targeting-civilians/.

Consulté le 15 septembre 2023.

39 BBC (2013). Profile: Abdullah Azzam Brigades. En ligne :

https://www.bbc.com/news/world-middle-east-25005417. Consulté le 15 septembre 2023.

40 Stanford University (2010). Mapping Militant Organisations. “Al Qaeda.” En ligne :

https://cisac.fsi.stanford.edu/mappingmilitants/profiles/al-qaeda. Consulté le 15 septembre 2023.